Guide · Mis à jour le 10 août 2026 · Lecture 7 min
Combien d'assurance vie vous faut-il ? Les méthodes de calcul
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Posez la question séparément à deux conjoints. « Combien d'assurance vie faudrait-il, à ton avis ? » Notez les deux réponses sans les commenter, puis comparez-les.
Il est rare que les deux chiffres se ressemblent. Il arrive souvent qu'ils soient éloignés d'un facteur de deux ou trois. Et dans la quasi-totalité des cas, aucun des deux ne repose sur un calcul : ce sont des impressions, formées à partir de ce qu'un collègue a dit, d'une publicité aperçue, ou d'un montant rond qui « sonnait raisonnable ».
Ce n'est pas un défaut de rigueur. C'est simplement que personne ne nous a jamais montré la méthode. Elle existe pourtant, elle est enseignée, et elle est même encadrée par la réglementation québécoise.
Pourquoi les raccourcis ne tiennent pas la route
« Trois fois le salaire. » « Cinq fois le salaire. » Ces règles du pouce circulent parce qu'elles sont faciles à retenir, et elles ont un défaut fatal : elles ne connaissent rien de votre situation.
Deux personnes ayant exactement le même revenu peuvent avoir des besoins totalement différents. L'une a une hypothèque et deux enfants d'âge préscolaire ; l'autre est propriétaire sans dette et sans personne à charge. Le multiplicateur ne voit ni l'une ni l'autre.
L'Autorité des marchés financiers (AMF) formule la chose autrement, mais dit la même chose : « Le montant et le type d'assurance que vous choisirez dépendront à la fois de vos besoins et de vos moyens. »
La méthode que la réglementation impose déjà
Vous n'avez pas à inventer une méthode : il en existe une, et un conseiller en sécurité financière est tenu de la faire avant de vous proposer un produit.
L'AMF l'énonce ainsi : « Un conseiller en sécurité financière vous offre de l'assurance ? Notez qu'il doit d'abord procéder à une analyse de vos besoins. » Cette analyse — qu'on appelle dans l'industrie l'analyse de besoins financiers, ou ABF — porte notamment, selon l'AMF, sur quatre éléments :
- les caractéristiques du contrat d'assurance que vous possédez déjà ;
- vos obligations familiales ;
- votre bilan financier ;
- vos revenus.
La Chambre de l'assurance, l'organisme d'encadrement des conseillers né en 2026 de la fusion de la Chambre de la sécurité financière et de la Chambre de l'assurance de dommages, publie de son côté la liste des documents à réunir avant une rencontre : vos avantages sociaux liés au travail, vos polices d'assurance existantes, vos actes juridiques (testament, procuration, mandat), vos avoirs, la nature et le solde de vos dettes avec les taux d'intérêt qui s'y rattachent, et vos dernières déclarations de revenus.
Cette liste n'est pas une formalité administrative. C'est, en creux, la structure du calcul.
La grille DIME : quatre colonnes, un total
Pour faire l'exercice vous-même avant même de parler à qui que ce soit, la façon la plus répandue de structurer une analyse de besoins est la grille connue sous l'acronyme anglais DIME : Debt, Income, Mortgage, Education. Quatre postes, à additionner.
D — Les dettes. Tout ce qui resterait à rembourser : soldes de cartes de crédit, marges, prêt auto, prêt personnel, dettes conjointes. L'AMF cite d'ailleurs le remboursement des dettes personnelles et conjointes parmi les besoins classiques auxquels répond une assurance vie. Ajoutez-y les frais liés au décès lui-même : l'AMF mentionne les frais funéraires et l'impôt au décès, puisque la majorité des avoirs du défunt sont alors présumés vendus.
I — Le remplacement du revenu. Combien vos proches auraient-ils besoin de recevoir chaque année pour maintenir leur train de vie, et pendant combien d'années ? Multipliez l'un par l'autre. Le nombre d'années n'est pas un chiffre magique : c'est la durée pendant laquelle votre absence de revenu ferait une différence réelle, par exemple jusqu'à ce que le plus jeune enfant soit autonome.
M — L'hypothèque. Le solde à rembourser sur la résidence, et le cas échéant sur un chalet ou un immeuble locatif.
E — Les études. Ce que vous souhaiteriez laisser pour les études postsecondaires des enfants. L'AMF nomme explicitement le paiement des études des enfants parmi les besoins associés à l'assurance temporaire.
N'oubliez pas les frais nouveaux créés par le décès. L'AMF en donne un exemple concret et souvent négligé : « si un conjoint gardait régulièrement les enfants pendant que l'autre conjoint travaillait, il faudra peut-être penser aux frais de garde ».
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Obtenir des soumissions pour ce montantFaites l'arithmétique, avec vos chiffres
Voici l'ordre des opérations. Les montants qui suivent sont un gabarit fictif : ils ne décrivent aucune situation réelle et ne servent qu'à montrer la mécanique. Remplacez chaque ligne par la vôtre.
| Poste | Comment le remplir | Exemple de gabarit |
|---|---|---|
| D — Dettes | Soldes de cartes, marges, prêts, + frais funéraires et impôt au décès | 25 000 $ |
| I — Revenu à remplacer | Besoin annuel × nombre d'années | 45 000 $ × 12 ans = 540 000 $ |
| M — Hypothèque | Solde restant à rembourser | 210 000 $ |
| E — Études | Ce que vous souhaitez laisser, par enfant | 2 × 20 000 $ = 40 000 $ |
| Sous-total des besoins | Additionnez les quatre lignes | 815 000 $ |
Le sous-total n'est pas votre réponse. Il ne représente que la moitié du calcul.
La deuxième moitié : soustraire ce qui existe déjà
L'AMF est claire sur cette étape : « Vous devez comparer les assurances que vous avez et celles qu'il vous faut pour déterminer ce qu'il vous manque actuellement et ce qu'il vous manquera dans un avenir prévisible. »
Quatre sources à soustraire de votre sous-total.
Votre assurance vie collective au travail. Elle compte, mais avec une réserve. Selon l'AMF, l'assurance vie d'un régime collectif est une assurance temporaire, en vigueur pour la durée de votre participation au régime, et « elle prend habituellement fin si vous changez d'emploi ou au moment de votre retraite ». Soustrayez-la, mais sachez qu'elle est conditionnelle à votre emploi.
Vos polices individuelles déjà en vigueur. Vérifiez le montant réel au contrat, pas celui dont vous vous souvenez.
Vos épargnes disponibles rapidement. L'AMF fait remarquer que les liquidités de l'assuré suffisent parfois à couvrir certains frais, et donne l'exemple d'un REER dont les sommes pourraient servir à payer l'impôt correspondant.
La prestation de décès du Régime de rentes du Québec. Selon Retraite Québec, il s'agit d'un paiement unique dont le montant maximal est de 2 500 $. Elle n'est versée que si la personne décédée a suffisamment cotisé au régime, et elle doit faire l'objet d'une demande. Elle est versée en priorité à la personne ou à l'organisme de bienfaisance qui a payé les frais funéraires, sur preuve de paiement.
Dans le gabarit ci-dessus, un ménage disposant de 80 000 $ d'assurance collective, de 60 000 $ d'épargne accessible et de la prestation maximale de 2 500 $ soustrairait 142 500 $ de son sous-total de 815 000 $, pour un besoin résiduel de 672 500 $. Encore une fois : ce sont des chiffres de démonstration, pas une recommandation.
L'oubli le plus fréquent : le conjoint sans salaire
Le calcul ci-dessus a un angle mort connu. Quand un des deux conjoints ne tire pas de revenu d'emploi — parce qu'il est à la maison, aux études, en congé prolongé ou retraité —, beaucoup de ménages concluent qu'il n'a « rien à remplacer ».
C'est un raisonnement qui confond revenu et valeur. Le travail non rémunéré fait à la maison a un coût de remplacement bien réel : garde, transport des enfants, préparation des repas, entretien. C'est exactement le poste que l'AMF évoque quand elle parle des « nouveaux frais causés par le décès ».
La question à se poser n'est pas « combien gagne cette personne », mais « qu'est-ce qui devrait être payé si elle n'était plus là ».
Le calcul a une date de péremption
Un montant calculé à 32 ans ne dit plus grand-chose à 44 ans. L'hypothèque a fondu, les enfants ont vieilli, le revenu a changé, le régime collectif aussi.
L'AMF le formule simplement : « Vos besoins d'assurance changent avec le temps. Réévaluez périodiquement si les assurances achetées vous conviennent toujours. »
Un point de vigilance si votre réévaluation vous mène à vouloir remplacer une police par une autre. L'AMF rappelle qu'un conseiller qui vous propose un tel changement doit remplir un formulaire de Préavis de remplacement de police, vous l'expliquer, et vous exposer les avantages comme les inconvénients. Elle ajoute trois précautions : comprendre ce que la nouvelle police offre de plus et de moins que l'ancienne, s'assurer que la nouvelle assurance est en vigueur avant de mettre fin à l'ancienne, et vérifier si le remplacement entraîne de l'impôt.
Questions fréquentes
Faut-il assurer les deux conjoints ?
C'est une décision personnelle, mais le calcul se fait deux fois, pas une. Chaque conjoint a ses propres obligations à couvrir, et les résultats sont rarement identiques.
Que faire si le montant obtenu dépasse mon budget ?
L'AMF rappelle que la prime que vous paierez « doit respecter votre budget ». Un besoin calculé n'est pas une obligation d'achat : il sert à savoir où vous vous situez, et à décider en connaissance de cause combien de cet écart vous choisissez de couvrir aujourd'hui.
Le montant versé est-il imposable pour mes proches ?
Selon l'AMF, « le montant d'assurance vie versé par l'assureur est toujours libre d'impôt ». Cela ne dispense pas la succession de l'impôt au décès sur les autres avoirs, qui est précisément l'un des postes à inscrire dans la colonne des dettes.
Dois-je refaire le calcul avant de demander des soumissions ?
C'est l'ordre logique : le montant d'abord, les soumissions ensuite. Comparer des soumissions pour un montant que vous n'avez pas établi revient à comparer des réponses à une question que vous n'avez pas posée.
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Recevoir des soumissions pour le montant calculéSources
- Autorité des marchés financiers, « 5 étapes à suivre avant de vous assurer » : https://lautorite.qc.ca/grand-public/assurance/assurance-vie/5-etapes-a-suivre-avant-de-vous-assurer (consulté le 10 août 2026)
- Autorité des marchés financiers, « L'assurance vie temporaire » : https://lautorite.qc.ca/grand-public/assurance/assurance-vie/principaux-types-dassurance-vie/lassurance-vie-temporaire (consulté le 10 août 2026)
- Autorité des marchés financiers, « L'assurance vie collective » : https://lautorite.qc.ca/grand-public/assurance/assurances-collectives/assurance-vie-collective (consulté le 10 août 2026)
- Chambre de la sécurité financière (devenue la Chambre de l'assurance), « Faire affaire avec un professionnel » : https://www.chambresf.com/fr/grand-public/faire-affaire-professionnel (consulté le 10 août 2026)
- Retraite Québec, « La prestation de décès » : https://www.retraitequebec.gouv.qc.ca/fr/deces/rentes-prestations/rrq-prestation-deces/Pages/rrq-prestation-deces.aspx (consulté le 10 août 2026)